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26/06/2012

Prendre le dessus...

"Sa main dont elle ne voulut jamais me donner que le dessus et jamais la paume"...

J'ai plus de chance qu'Honoré de Balzac. Les acteurs me donnent non seulement les paumes, mais également le dessus de leurs mains.
Voici une seconde série de photos qui fait suite à un précédant message "Haut les mains, ceci est une attaque!", où je parlais des comédiens qui posent les mains en l'air, et donc paumes en avant, afin de me montrer mains et poignets. Dans cette nouvelle série de photos, j'ai repéré, de film en film, une autre attitude. Les acteurs se présentent tous spontanément devant mon objectif, le dessus des mains en avant.
Si vous désirez voir les photos plus grandes, cliquez simplement dessus.

"Séraphine" de M.Provost. Anne Bennent (Anne-Marie Uhde)
"E-Love" de A.Villacèque. Anne Consigny (Paule Zachmann)
"La note bleue" de A.Zulawski. Pavel Slaby (Jean)
"La note de bleue" de A.Zulawski. Sophie Marceau (Solange)
"La note de bleue" de A.Zulawski. Sophie Marceau (Solange)
"La note de bleue" de A.Zulawski. Sophie Marceau (Solange)
"Notorious" de C.Bucksey. Jenny Robertson (Alicia Velorus), J.P Cassel à sa gauche.
"Notorious" de C.Bucksey. Marisa Berenson (Katarina Sebastian)
"Olivier, Olivier" de A.Holland. Faye Gatteau (Nadine petite)
"Olivier, Olivier" de A.Holland. Faye Gatteau (Nadine petite)

20/05/2012

Ceci n'est pas une valise.



La valise est là, grande ouverte sur le lit, et l'on sait déjà qu'on gardera en mémoire ces moments heureux ou tristes, où l'on dépose ce qu'on emporte avec soi.
Organisé, sens dessus dessous, son contenu est notre miroir. Le petit univers qu'on trimballe.
On raconte que Françoise Dorléac remplissait "dix-sept valises pour deux semaines de tournage, histoire d'être habillée en conséquence si le grand amour se manifestait" (A.Boulay, Journal Libération, décembre 96).
Encombrante et lourde, elle traverse Paris avec Gabin et Bourvil. Aujourd'hui, elle roule, et il arrive encore qu'elle soit chahutée, heurtée, forcée, fouillée... mais elle est avant tout la carapace de notre sensibilité, l'enveloppe des choses de notre imaginaire, de nos rêves, de nos espoirs, de nos désirs. Comme Aïda (Claudia Cardinale), une jeune danseuse de province qui se laisse séduire par les belles promesses de Marcello (Corrado Pani). Et on la comprend.
Si la valise d'un quidam peut être simple valoche ou diplomatique, au cinéma elle n'est jamais banale. Il y a du secret, du mezza-voce, voire des embrouilles autour d'elle. Le taiseux Lino Ventura n'arrive pas à l'ouvrir tranquillement, dérangé sans cesse par un Jacques Brel suicidaire dans "L'emmerdeur" d'Edouard Molinaro.
Elle est romanesque, passionnée, sentimentale, faite à la hâte, sur un coup de tête et avec des éclats de voix. Il arrive qu'on la perde, et c'est toute une histoire.
Nos valises sont pleines de moments heureux ou d'instants douloureux. Elles sont pleines de nous.
Mon imagination ne peut la réduire à un simple accessoire, parce qu'elle recueille, elle prend, elle reçoit tant, qu'elle déborde d'émotions.
Le cinéma le sait trop bien, et la met en scène.

"J'attends quelqu'un" de Jérôme Bonnell. Florence Loiret Caille (Sabine)

Ext. Matin Devant Café Louis
(...)
Louis aperçoit Sabine sur le trottoir...(...) Elle lui sourit. D'un sourire calme(...)
Louis (Jean-Pierre Darroussin), regardant sa valise: Tu reviens de voyage?
Sabine (Florence Loiret Caille) : Non, je pars...
(...)
Louis: Qu'est-ce que tu vas faire?
Sabine: Je sais pas encore. Et je trouve ça pas mal de pas savoir...


En voici d'autres...

"Aventure de Catherine C." de Pierre Beuchot
"Aventure de Catherine C." de Pierre Beuchot
"La note bleue" de A.Zulawski
"La note bleue" de A.Zulawski
"Aventure de Catherine C." de Pierre Beuchot
"Opération cyanure" de A.M.Blanc
"Histoires d'ombres" de D.Granier-Deferre
"Le démon de midi" de A.M.Blanc
"Notorious" de C.Bucksey
"Saxo" d'A.Zeitoun

"Notorious" de C.Bucksey. Jenny Robertson (Alicia Velorus)

"Séraphine" de M.Provost

"Séraphine" de M.Provost. Ulrich Tukur (Wilhelm Uhde)



26/03/2012

C'est une histoire de flous...

Films évoqués dans cet article: 
E-Love de Anne Villacèque,
Séraphine de Martin Provost

J'ai beaucoup de photos floues. 
Les lumières faibles des tournages de nuit, des sujets parfois insaisissables, un mauvais réglage de mon appareil, constituent les principales raisons d'une absence de netteté.
Je ne travaille pas systématiquement avec l'appareil Polaroïd sur un tournage. J'utilise en ce moment un appareil numérique. Je n'imprime que les photos utiles, celles qui me donnent des renseignements précis sur un costume ou un décor. 
Les flous, celles qui ont des marques, les trop sombres, les complètement ratées ne perdent rien pour attendre. Après le tournage, ces photos là me donnent un autre point de vue sur le tournage. Au delà de l'esthétique, il y a le mystère qu'elles suscitent. Les corps sont désincarnés, les décors immatériels. Tout flotte et, curieusement, marque plaisamment ma mémoire. 
Avec ces photos, je m'échappe.
Bien sûr, il y a différents degrés dans les flous. Ceux qui ne gênent pas réellement la lisibilité de la photo; et les flous plus prononcés qui ont besoin d'un commentaire pour être compris.
Dans la première catégorie, j'aime bien ces deux photos sur Anne Consigny prises sur le tournage de e-Love de Anne Villacèque.
 
Anne Consigny (Paule) dans E-Love de Anne Villacèque. C'est une séquence où Paule quitte de manière précipitée l'appartement d'un homme qui menace de devenir violent.
Anne Consigny (Paule) dans E-Love de Anne Villacèque. Paule à la piscine. J'aime beaucoup l'esthétique de cette photo

Photo 1: Yolande Moreau "Séraphine"

Quand la photo n'est pas nette, je cherche quelque chose qui soit intéressant, je cherche autre chose. Dans "Séraphine" de Martin Provost, les photos légèrement floues de Yolande Moreau (Photos 1, 2, 3) mettent en valeur sa silhouette remarquablement pensée par la costumière Madeline Fontaine. Pour peu qu'on prenne la peine d'observer, on remarque que les déhanchements, les inclinaisons physiques, les prises d'appui, même imperceptibles sont soulignés. 
                      Photo 2                                             Photo 3

Dans la seconde catégorie de flous, il y a le panier emblématique du personnage de "Séraphine". Voici des photos qui m'éloignent de mes préoccupations ordinaires: noter ce qui est visible et repérable pour me souvenir. Là, je vois les choses grosso modo, comme si j'avais égaré mes lunettes de vue. Je ne distingue que le châle bleu de Séraphine, sa main sur l'anse, le parapluie (Photo 4), ou les toiles et les pots de peinture (Photo 5).

Photo 4: Le panier de Séraphine
Photo 5: Les toiles et la peinture de Séraphine

Voici une autre série de flous prononcés qui font comme un triptyque, une oeuvre artistique. Vous pouvez cliquer sur les photos pour les agrandir:


Je n'ai pas réussi à prendre une seule photo nette de Yolande sur cette séquence tournée près d'Aveny, sur les berges de l'Eure. Ce moment n'est pas dans le film. Extrait du scénario:

60B Rivière Extérieur Jour
À la rivière, Séraphine pêche à la main sous les berges.
Séraphine réussit à attraper une truite à la main. Elle la garde serrée entre ses mains et la regarde face à face, dans les yeux.
La truite qui se débat la regarde aussi et Séraphine ouvre la bouche, la ferme, ouvre la bouche, la ferme, comme elle...

Yolande Moreau, de l'eau jusqu'aux cuisses, a bien attrapé à mains nues des truites lâchées par un accessoiriste hors champ. Elle a même réussi à faire un face à face avec les moins vaillantes, fatiguées d'avoir séjourné dans un seau une partie de la journée. Les plus vives se sont si bien débattues qu'elles ont réussi à regagner leur élément naturel avant que la comédienne n'ouvre la bouche. Si les poissons ont de la mémoire, les truites rescapées se souviennent sans doute qu'elles ont vécu... une histoire de fous! 


Pour aller plus loin que ce message, je ne saurais trop vous suggérer de cliquer sur ce lien:
Cet article est signé Gérard Mordillat. Ecrivain et cinéaste.
 Extrait:
"... devant une image floue de ma fille, je suis ému. Comme si, en ne distinguant pas clairement ses traits, je saisissais quelque chose de plus intime, de plus secret ..."

Lisez cet article. Il fait du bien.

09/03/2012

Morphée et ses bras

Films évoqués dans ce message: 
La double vie de Véronique de Krzysztof Kieslowski (Prix d'interprétation pour Irène Jacob Cannes 1991),
La note bleue de Andrzej Zulawski
Séraphine de Martin Provost
La dame de trèfle de Jérôme Bonnell
La journée de tournage d'un comédien est une journée de travail longue, difficile, intense, stressante, épuisante.
Se lever tôt, se coucher tard.
Du texte à apprendre.
Des transports à endurer.
Du temps pour le maquillage, la coiffure.
Et puis surtout... donner, partager, interpréter, incarner, sans faiblir!
Quand l'acteur a un rôle important, quand il est de tous les plans.
S'il y a un lit sur le décor et même s'il n'y en a pas.
Malgré les bruits du plateau et sans doute parce qu'ils lui sont familiers.
Pendant une, deux minutes, pendant un certain temps, les comédiennes et les comédiens sont dans les bras de Morphée...

Florence Loiret-Caille, "La dame de trèfle" de Jérôme Bonnell
Irène Jacob, "La double vie de Véronique" de Krzysztof Kieslowski
Sophie Marceau, "La note bleue" de Andrzej Zulawski
Yolande Moreau, "Séraphine" de Martin Provost
Ulrich Tukur, "Séraphine" de Martin Provost

08/02/2012

Regards caméra

Extrait d'une interview du cinéaste américain James Gray (Little Odessa, The yards, We own the night, Two lovers) réalisée par le journaliste Jordan Mintzer:

"...La scène durant laquelle James Stewart laisse Kim Novak seule dans son appartement et qu'elle regarde vers la caméra. C'est le plus grand moment de l'histoire du cinéma. Je n'ai pas dit que Vertigo (Sueurs froides) était le plus grand film de tous les temps. Je dis que cette scène est le plus grand moment de l'histoire du cinéma. J'en suis certain. Si vous en trouvez un meilleur, je suis tout ouïe..."



Les propos de James Gray m'intéressent parce que je sais que le comédien qui joue a appris à ne pas regarder la caméra en train de le filmer. Si sur un plateau de tournage, j'ai vu un acteur déstabilisé à la minute même où le metteur en scène lui demandait de jouer une scène en regardant la caméra, j'ai vu aussi une comédienne sachant parfaitement ce que le metteur en scène désirait, et qui a maintenu son regard exactement le temps qu'il fallait.
Les regards dans l'objectif demeurent rares, c'est ce qui les rend remarquables. 
Puisque James Gray a parlé du regard caméra de Kim Novak dans Vertigo d'Alfred Hitchcock, je cherche un autre exemple. L'image qui s'impose au moment où j'écris, ne vient pas d'un film sur lequel j'ai travaillé, mais d'un souvenir de cinéphile. C'est la très belle image de Nathalie Baye regardant longuement l'objectif dans la dernière séquence du film de Xavier Beauvois "Le petit lieutenant".

Ces regards sont émouvants, ils me touchent, me font éprouver de la compassion, me prennent aux tripes.
Quand je prends un acteur en photo, je souhaite toujours être la plus discrète possible.
À cet égard, il m'est plus facile d'être discrète avec un appareil numérique, qu'avec un Polaroïd bruyant. Je dois bien admettre que les techniques modernes m'ont fait gagner en discrétion.
Dans ma visée, il y a une chose que je sens et vois immédiatement: la concentration ou la disponibilité du comédien que je photographie.
Sur la plupart de mes clichés, je sais que le comédien ne me voit pas. J'aime cette idée.
Le regard du comédien dans mon objectif est, en proportion, moins fréquent.
L'acteur sait que je suis là, ou est en train de le réaliser.
Soudain, il sent ma présence, il me voit.
Le regard est là, et bien qu'il soit posé sur moi, je peux deviner que l'acteur sort tout juste de sa réflexion, de sa concentration, qu'il y est encore, souhaite y rester...
Il arrive qu'il prenne la pose, inconsciemment ou volontairement...
Qu'il ne fasse rien, me regarde, sourit vaguement ou franchement...
Nous ne nous parlons pas. Je fais la photo. C'est tout.
Ces regards me touchent...
Quelques-uns d'entre eux... 
Grazyna Dylong, "La note bleue" de Andrzej Zulawski

Redjep Mitrovitsa, "La note bleue" de Andrzej Zulawski

Yolande Moreau, "Séraphine"de Martin Provost

Vincent Lacoste, "Les beaux gosses" de Riad Sattouf

Malik Zidi, "La dame de trèfle" de Jérôme Bonnell


06/02/2012

De dos

Films évoqués dans ce message: 
La double vie de Véronique de Krzysztof Kieslowski (Prix d'interprétation pour Irène Jacob Cannes 1991),
Les beaux gosses de Riad Sattouf
Séraphine de Martin Provost


Voici des documents qui présentent les acteurs de dos. Cela peut correspondre ou pas à l'axe choisi pour le tournage du plan. Sur ce premier polaroïd pris sur "La double vie de Véronique", Irène Jacob tourne le dos à la caméra. La photo est prise dans l'axe de tournage choisi par le metteur en scène. Cette scène qui dans la chronologie de l'histoire arrivait plus tard dans le scénario, est montée lors de la première visite que Véronique fait à son père. L'attitude physique de Véronique à ce moment-là du film n'est pas très éloignée de l'attitude qu'elle a sur cette photo.


 Le film s'appelle alors "La choriste". Ce sera finalement "La double vie de Véronique"
Séquence 76 du film de Krzysztof Kieslowski tourné en 1990
Véronique est chez son père. Elle lui confie qu'elle est amoureuse.
Ici de dos entre deux prises, Irène Jacob qui interprète Véronique.

 J'ajoute un montage polaroïds. C'est une partie du décor "Maison du père de Véronique".



 
Une photo du film de Martin Provost tourné en 2007, "Séraphine". Ici Yolande Moreau de dos, avant le début d'un travelling avant, qui est monté dans le film. Wilhelm Uhde n'est pas là, Séraphine s'installe à son bureau...

Ulrich Tukur (Wilhelm Uhde) à ce même bureau.


Une photo du film "Les beaux gosses"de Riad Sattouf tourné en 2008. Le film s'appelle alors "Les collégiens". De dos au premier plan à gauche Anthony Sonigo (Camel), et derrière le pilier Vincent Lacoste (Hervé).
On distingue au fond derrière la grille, le couple qui s'embrasse en très gros plan en ouverture du film.
L'affiche du film est inspirée de ce moment-là: Hervé et Camel regardent Goulven rouler des pelles à une nana, et n'en reviennent pas.

Premier plan: Sihem Namani (Sadia), Salomé Durchon (Nolwenn), Loreleï Chenet (Mégane)
Louis Bankowski (Goulven), Cécile Galopin ( La rouleuse de pelles)