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02/12/2015

Chronographie cardiographique.

Je n'ai pas évoqué La double vie de Véronique (Podwojne zycie Weroniki) de Krzysztof Kieslowski depuis plusieurs mois, j'y reviens avec plaisir.
L'histoire magnifique, la beauté des images, la musique, le succès, la reconnaissance, mais aussi la longue absence des écrans continuent de tisser année après année, une résonance sensible et singulière propre aux grands films.  
À lui seul, le tournage bruissait déjà. Des rumeurs courront plus tard, et les droits du film se disperseront longtemps.
Pas d'échos particuliers sur les séquences abordées aujourd'hui, toutes tournées dans l'ordre chronologique. J'ai le sentiment qu'ici, l'absence de dialogues dans un film déjà si peu bavard, a fixé encore mieux les images dans ma mémoire.
En vrai comme sur la pellicule, Irène Jacob déambule, sensuelle et douce, elle semble flotter dans "l'appartement Véronique" construit dans les studios de Lodz en Pologne.
Mes Polaroïds, et le montage de certains d'entre eux, illustrent les séquences 61 à 66 du scénario que je reporte ici
Peut-être vous souviendrez-vous.



 Le montagedonne une vue plus large de cette partie du décor.
61- APPARTEMENT DE VÉRONIQUE. INT. ET EXT. JOUR.
VÉRONIQUE fait une petit somme après le déjeuner, couchée sur le sofa en position peu confortable (Pola 4). Nous la regardons d'un point de vue insolite qui suggère la présence d'une autre personne dans la pièce. Gros plan sur son visage sur lequel vacille une petite tâche lumineuse. VÉRONIQUE ne comprend pas ce qui l'a réveillée, puis remarque un rectangle de soleil qui erre sur les murs et sur le plafond.
Intriguée, elle le suit du regard en se demandant d'où vient cette lueur. Est-ce le verre de sa montre qui la reflète? Non. La tâche lumineuse vacille sur les rayons de la bibliothèque, descend par terre, approche du tapis, s'arrête sur un fil qui se détache visiblement de la frange. VÉRONIQUE fixe cet endroit, se lève du sofa et va vers la fenêtre.
Polaroïd ⓸. Séq.61. Irène Jacob (Véronique)
62. IMMEUBLE EN FACE DE CELUI DE VÉRONIQUE - BALCON EXT JOUR
De l'autre côté de la rue, deux immeubles plus loin, sur un balcon, elle voit UN GARÇON de dix ans, un bras en écharpe, qui tient un petit miroir dans l'autre main. Pris en flagrant délit, il sourit à VÉRONIQUE, et se retire avec son miroir en refermant la porte-fenêtre.

63. APPARTEMENT DE VÉRONIQUE - INT JOUR
VÉRONIQUE fait demi-tour et voit que la tâche lumineuse vacille toujours sur la frange. Elle s'en approche et s'accroupit à côté. Lorsqu'elle la touche, la tâche lumineuse apparaît sur sa main. De nouveau, comme au début de cette scène, nous voyons VÉRONIQUE du même point de vue insolite. VÉRONIQUE, immobile, réfléchit un moment, puis, comme si elle sentait la présence de quelqu'un, regarde la caméra (voire fait quelques pas vers elle).
C'est le moment où Véronique s'accroupit près du carton à dessins. En manipulant le lien de ce carton, lui vient l'idée d'aller récupérer le lacet et l'enveloppe dans la poubelle. On se souviendra aussi que pendant son audition chez la femme bariolée, Weronika joue avec le lien du carton à dessin posé sur la table.


64. CAGE D'ESCALIER DE CHEZ VÉRONIQUE. INT. JOUR.
VÉRONIQUE ouvre de nouveau la porte étroite à côté de l'ascenseur. Elle allume, l'ampoule à l'intérieur est assez faible. Elle se penche au-dessus de la poubelle où quelques heures auparavant elle avait jeté le lacet et fouille avec dégoût dans les ordures, retrouve le lacet sale et gluant. Il pue. VÉRONIQUE le secoue, écoeurée, quelques saletés s'en détachent, d'autres restent collées. Elle éteint la lumière en tenant le lacet entre ses doigts.
Polaroïd ⓹. Séq. 64. Irène Jacob (Véronique) le lacet dans la main gauche.

65. APPARTEMENT DE VÉRONIQUE - SALLE DE BAIN - INT. SOIR
VÉRONIQUE lave le lacet dans le lavabo. Elle le savonne, le rince plusieurs fois avec de l'eau chaude et l'essore. Prend son séchoir à cheveux, le branche, et le lacet qu'elle tient par un bout, bouge agité par le souffle chaud de l'appareil.
Polaroïd ⓺. Irène Jacob (Véronique) devant la table basse. On aperçoit les cardiogrammes roulés à sa gauche.

66. APPARTEMENT DE VÉRONIQUE - INT. SOIR
VÉRONIQUE assise à table. C'est l'heure du crépuscule. Elle pose le lacet sur le rouleau qu'elle avait à l'hôpital (Polaroïd 7). Nous voyons maintenant qu'il s'agit des résultats d'un cardiogramme. Elle joue avec le lacet en le posant en zigzag sur le tracé illustrant le fonctionnement du coeur.
Elle se demande ce que cela pourrait bien signifier: un lacet dans une enveloppe sans le nom de l'expéditeur, sans un mot, sans aucune explication. Elle examine l'écriture sur l'enveloppe, cela ne lui dit rien.
Elle soulève le lacet de deux doigts et le lâche sur la paume de l'autre main, il se roule en spirale, elle referme sa main, réfléchit, une idée lui passe par la tête. Elle se lève et le lacet à la main, enfile sa veste dans l'entrée.
⑦ Véronique à l'hôpital, cardiogrammes dans les mains.
Spirituellement...

08/11/2014

Mise à sac

Le petit chaperon rouge aurait fait un scénario très Hitchcockien.
Cette histoire ne raconte t-elle pas le plus beau suspense qui soit?

Afin de le prolonger, je prends la liberté d'ajouter une réplique à cette situation extrêmement forte.
"Ma mère-grand, que vous avez un grand sac?"

Montage sur l'illustration de Gustave Doré "Le petit chaperon rouge"
Moi, dans tous mes sacs, il y a un peu de ma mémoire. J'ai pour chacun, un sentiment particulier, en fonction de ce que j'ai vécu avec eux. Ils ont compté pour moi au travail ou en voyage.
Quand je ne m'en sers pas, ils sont en suspens...

Le mot "sac" revient régulièrement dans les titres de film:
"Cul-de-sac" de Roman Polanski,
"Un sac de billes" de Jacques Doillon,
"Mise à sac" de Alain Cavalier.
Lorsqu'un titre est traduit pour le public français, on le retrouve aussi .
"8 Heads in a Duffel Bag"de Tom Schulman donne "Huit têtes dans un sac".
Très souvent, le titre n'est pas traduit littéralement,
"Oscar" de John Landis donne "L'embrouille est dans le sac",
"More dogs than bones" de Michael Browning devient "Sacs d'embrouilles".

Avec "sac", tout le monde comprend de quoi il retourne.
Sans doute parce que la vie et les films se ressemblent.
Les films comme la vie sont pleins de choses compliquées, d'histoires à résoudre, de pagaille, de rebondissements.
La vie comme les films peut-être un véritable sac de noeuds.
J'entends les:" Alors? Raconte nous? Comment ça s'est passé?"
Je réponds sans hésiter: "Je parle sur ce blog de souvenirs formidables. Pour les pauvres petites histoires tristes, ne comptez pas sur moi pour vider mon sac!"

Mes photos de sacs n'ont pas beaucoup d'intérêt.
Dans Ceci n'est pas une valise, ou Un dîner très imparfait, j'avais choisi l'accumulation pour palier à la faiblesse de mes photos, mais ici je veux être sélective.
Il y a ce Polaroïd de "La double vie de Véronique" qui illustre bien l'idée du sac vidé de son contenu.
"La double vie de Véronique" de K.Kieslowski. Sac de Véronique vidé sur le lit.

Et cette photo prise sur "Les beaux gosses":
Une brume colorée s'évapore de trois sacs à dos qui semblent bouillir. L'inscription insolite "nébuleuse du coeur" tracée sur le mur, contraste avec ces sacs plantés dans le sol. On remarque juste le camaïeu de bleus, sur fond de mur dans le même ton.

"Les beaux gosses" de Riad Sattouf. Couloir du collège, sacs devant une salle de cours.

Mais à part ça...
Je préfère faire un choix dans le travail de photographes que j'aime.
Sur les photos, ces sacs vivent, et racontent des histoires.
Je rêve de les ouvrir, mais comme c'est impossible, j'imagine ce qu'il y a dedans, je crée un suspense toujours recommencé et jamais achevé.
C'est pour ça que j'y trouve mon compte.
Peut-être que chacun trouvera dans ces photos le sac qui lui convient, et pourra y mettre pèle-mêle...
les nébuleuses obscures et particulières de son coeur,
les poussières d'étoiles de son âme,
tous les souvenirs d'une vie.

"Ma mère-grand, que vous avez un grand sac?"
"C'est pour mieux raconter des histoires, mon enfant!".


Léonard Freed, New York Protest 1963

Vivian Maier New York, auto-portrait non daté
Jamais dans les photos d'un grand photographe vous ne regardez autre chose que ce qu'il a voulu que vous regardiez.
Vivian Maier est une très grande photographe.
Avec cette photo aux multiples miroirs que j'ai trouvé classée dans une liste d'auto-portraits, mon regard est longtemps allé sur le miroir du haut avec l'appareil photo et le sac en reflet.
Pour moi, c'était un auto-portrait un peu étrange, puisque je ne voyais pas son visage.
Ce n'est que très récemment que je me suis aperçue qu'il était en reflet dans le miroir central.
Et là, paf! C'était bien un auto-portrait, coupé en deux et inversé. A t-elle voulu nous égarer?

Vivian Maier New York, non datée

René Burri, Pékin 1989

Vivian Maier, 1960

Vivian Maier. Northshore Chicago (Man with suitcase on train) non datée.

Helen Levitt New York 1982

Richard Renaldi. Christine (!!). Fresco California 2003
Jeannette Montgomery Barron. Leopard Purse 2007


02/05/2014

La traduction, exactement.

Dans les cafés, on pouvait fumer alors.
La rencontre avec le cinéaste a lieu dans celui qui est juste en bas des bureaux de production. Il est assis au fond de la salle, un jeune homme est à côté de lui. Je m'assois face à eux.
Je me souviens d'une lumière chaude, d'une atmosphère enfumée. Le bras accoudé à la table tient, proche du visage, une cigarette qui bouge au rythme des mots prononcés. Il parle, et je ne comprends rien de ce qu'il dit.  
Le jeune homme est interprète et traduit: 
- "J'ai été professeur, et souhaite te poser des questions sur les axes de prises de vue et..."
Une brève demande d'explications de la part du jeune homme qui hésite.
- "... et le sens du...". 
Encore une précision.
- "... et la direction des regards".
Pourquoi pas.  
Le cinéaste boit une gorgée de café noir. Son coude ne quitte pas la table, il tire sur sa cigarette profondément. Derrière ses grosses lunettes, il porte sur moi un regard à la fois aigu et comme embué. 
Silence. L'interprète guette du coin de l'oeil des mots qui tardent à venir.
La phrase qui suit est dite plus vite, la main et la cigarette s'agitent, et je remarque alors cette voix grave, légèrement nasale, qui pourrait laisser penser que l'homme est enrhumé, alors qu'il ne l'est visiblement pas. 
La traduction est plus précipitée, et je perçois une pointe de la propre surprise du traducteur à propos de ce qu'il s'apprête à me dire:
- "Ce serait intéressant que tu répondes a quelques questions, oui évidemment... Mais non, je ne vais pas te les poser".
Je comprends que le cinéaste cherche à souligner qu'il me fait confiance. Par cet effet de mise en scène, il veut me responsabiliser.
- "Je t'appellerai Krichiou".  
J'imagine que ce petit nom est choisi pour sa prononciation aisée dans cette langue slave. Je n'ai jamais cherché à en connaître l'orthographe exacte, et des années après, j'ignore si certaines lettres sont surmontées de diacritiques: ó pour [u], ę pour [ɛ̃], ą pour [ɔ̃], ć pour [tɕ], ł pour [u̯]... 
L'information m'est livrée sans autres commentaires. Je fais avec.
Juste après, je serre dans mes mains le scénario que le cinéaste me confie.
Un trésor.
Je rentre chez moi en métro ou peut-être à pieds. Je ne sais plus.

Il n'y avait pas d'ordinateur alors
J'aime des films du Décalogue, mais Wikipédia n'est pas là pour combler mes manques, mes "que voir?". Le scénario est posé devant moi, je le lis d'une seule traite.
Quand je relève la tête, la nuit est tombée, les pages sont refermées sur les draps froissés. Je me demande quelle sera l'influence de cette histoire magnifique sur ma vie. 
Et puis, je revois la scène de cette rencontre particulière, comme pour la graver mieux dans ma mémoire
Aujourd'hui, j'entends à nouveau cette langue incompréhensible à mes oreilles, ces phrases souvent courtes, toujours formulées avec une pointe d'impatience, un ton précis, et prononcées d'une manière si définitive qu'elles semblaient n'attendre rien. Comprendre et se faire comprendre en différé tout au long du tournage ne serait jamais simple. L'étrange tempo de la traduction imposerait son faux rythme, et enlèverait toute spontanéité au moindre dialogue. Arguments, commentaires, topos, seraient inlassablement livrées à la traduction comme une fatalité, presque une résignation. 

Le téléphone portable n'existait pas alors. 
Il est fixe, et je sursaute quand il sonne.
Où étais-tu? Pas de nouvelles de toi de toute la journée! 
Je raconte tout dans un grand désordre, je partage ma joie. 
La nuit, j'ai un sommeil agité. Les jours qui suivent, j'affiche un sourire béat. Je suis comme dans l'addiction d'une histoire d'amour qui commence. Dépendante d'un récit qui est là. Même si tout reste à faire.

Le monde était tout autre alors.
Aujourd'hui, mon téléphone portable et mon ordinateur me facilitent la vie, et j'approuve absolument qu'on ne fume plus dans les lieux publics.
En 1990, ce cinéaste qui a toujours dénoncé les incohérences du système politique de son pays, voit celui-ci quitter un communisme rigide, au moment précis où lui-même s'apprête à tourner une partie de son film dans le pays des droits de l'homme. Dans notre vieille démocratie.
Actuellement, nos régimes connaissent une régression.  
On nous parle d'austérité alors qu'une minorité de gens n'a jamais été aussi riche. Le rythme de travail est toujours plus soutenu, plus dur. Il arrive plus souvent que les rapports entre les gens soient tendus.
Quand je ne tourne pas, je prends le temps de traduire mes souvenirs en mots, je me donne du temps pour rassembler sur ce blog le plus exactement possible, ma mémoire.
Pour ne pas oublier.

C'était "La choriste" alors.
Krzysztof Kieslowski n'est plus là depuis longtemps.   
C'est "La double vie de Véronique" pour toujours.

"La double vie de Véronique" de K.Kieslowski. Irène Jacob (Véronique) sur le décor Appt.Véronique.
K.Kieslowski et moi sur le tournage de "La double vie de Véronique"
K.Kieslowski.

"La double vie de Véronique" de K.Kieslowski, décor Appt. Véronique. Krzysztof au premier plan.
Scénario de tournage de "La double vie de Véronique"


04/11/2013

Ingrid, fais semblant!

Chéreau disait "...je veux rentrer dans le regard de l'acteur ou de l'actrice...". Il excellait dans l'art de les diriger, mettant en scène les visages et les corps. Il parlait du plaisir à être proche d'eux, chuchoter à leurs oreilles, nourrir leur concentration.
Il aimait aussi, pour donner au travail de l'acteur une énergie insoupçonnée, que rien ne marche comme il avait prévu, que des choses imprévisibles arrivent.
En 1979, lors de la cérémonie de l'Américan Film Institute, au cour de laquelle Hitchcock reçut un prix pour l'ensemble de sa carrière, Ingrid Bergman rend hommage au cinéaste, et raconte une anecdote à propos de la direction d'acteur.
Sur le tournage de Spellbound (La maison du Docteur Edwards), et alors qu'elle éprouvait des difficultés à jouer, elle avait dit à Hitchcock:
- "Je ne le sens pas, je ne pense pas pouvoir te donner cette émotion".
Hitchcock s'était assis, avait tourné ses pouces quelques instants tout en réfléchissant et lui avait répondu:
- "Ingrid, fais semblant!" 
Cette manière que l'actrice avait eu de remettre en question les indications de jeu avait probablement titillé la patience et le sens de l'organisation de cet immense cinéaste qui avait horreur du chaos. Hitchcock avait résisté à tout désordre éventuel en faisant cette réponse sibylline. Il était sûr du but à atteindre, et peu lui importait le chemin qu'elle devait prendre pour y parvenir.
Ingrid Bergman avoue que ce fut le meilleur conseil qu'on lui ait jamais donnée parce que pendant les années qui ont suivi, beaucoup de réalisateurs lui firent des demandes difficiles. Et juste quand elle était sur le point de dire ce qu'elle en pensait, elle entendait la voix d'Hitchcock qui disait: "Ingrid, fais semblant!"

Hier avec Krzysztof Kieslowski et John Berry, aujourd'hui avec Jérôme Bonnell, je constate qu'en matière de direction d'acteurs, chaque metteur en scène choisit sa méthode. Tous ont su et savent, à leur manière, trouver les mots.
Sur un plateau, je vois toujours les comédiens écouter avec attention les indications de jeu, puis s'abstraire de l'agitation qu'impose la technique. Dans ces moments fugaces, j'attrape parfois des regards qui disent combien ils sont avec le personnage qu'ils interprètent.
Chéreau disait"...je veux rentrer dans le regard de l'acteur ou de l'actrice..." et il y est parvenu.
Pour ma part, je pourrais me noyer dans ces regards.

"La note bleue" de Andrzej Zulawski, Sophie Marceau (Solange Sand)
"La note bleue" de Andrzej Zulawski, Grazyna Dylong (Laure Czosnowska)
"La double vie de Véronique" de Krzysztof Kieslowski, Gilles Gaston-Dreyfus (Jean-Pierre)
"E-Love" de Anne Villacèque, Anne Consigny (Paule Zachmann)

"Séraphine" de Martin Provost, Yolande Moreau (Séraphine)

"Séraphine" de Martin Provost, Yolande Moreau (Séraphine)

"Séraphine" de Martin Provost, Yolande Moreau (Séraphine)
Isabelle Adjani et Patrice Chéreau, sur le tournage de La reine Margot

Alfred Hitchcock et Ingrid Bergman