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16/10/2015

Main(s) basse(s)

J'ai un faible pour les mains.

À hauteur de mes yeux de petite fille, je suivais le déplacement incessant des mains des grandes personnes.
Rien n'a changé, j'observe de plus haut.
Je regarde les ongles noircis bricoleurs, les rongés qui vont avec des gestes nerveux, les blessés "sparadrapés" qui me disent toujours des choses sur les gens que je rencontre. 
En tournage, je photographie les mains des acteurs pour assurer la continuité des bagues qui habillent les doigts, mais j'aime aussi les prendre sur le vif, sans raison officielle. 
Toujours en douce, et de préférence en gros plan.  
J'ai plus de chance que la photographe de la nouvelle d'Anna Gavalda "Ambre". Le musicien qu'elle suit en tournée réalise qu'elle n'a pris que des photos de ses mains et la questionne.
Ambre: - j'ai pris tes mains parce que c'est la seule chose qui ne soit pas déglinguée chez toi.
Lui: - Tu crois? Et mon coeur?
Ambre: - Il n'est pas déglingué ton coeur?
Lui: - Faut voir...
Ambre: - C'est ce qu'on va faire.
Coeur déglingué ou pas, si les doigts entrelacés des comédiens prouvent qu'ils attendent sans inquiétude particulière le moment de jouer, je guette discrètement ceux parfois noués qui racontent tellement plus. La concentration, les pensées diverses, voire les petits agacements avec lesquels il faut faire. 
Je suis en quête de mains abandonnées ou agitées.  
Parce qu'elles sont toujours les très brefs éclats d'une émotion secrète.


Yolande Moreau sur "Séraphine"

Emmanuelle Devos sur "Le temps de l'aventure" de Jérôme Bonnell

Jérôme Bonnell sur son film "Le temps de l'aventure"
Gabriel Byrne sur "Le temps de l'aventure"de Jérôme Bonnell

Yolande Moreau sur "Séraphine"


Art Scars, Photo Lori Vrba
Richard Renaldi Dirty hands 2003

27/12/2013

7 instants là / Moments

English version down below

Gérard

Ne pas oublier la veste et les mains salies.
Se souvenir de ça. De la veste et des mains salies au moment où il rentrera dans la boîte de nuit. 
La fille au Polaroïd s'approche de l'acteur. Sympathique, populaire, très pro, il prend la pose.
"Merci Gérard, c'est fait!". Gérard s'éloigne vers sa loge.
C'est écrit. La séquence, c'est la 8. La veste et les mains sont salies.
Pour toujours dans les boîtes à mémoire.
Elle se souvient encore de l'énorme bouquet de fleurs qu'il lui offrira à la fin du tournage, en lui disant qu'elle le mérite vraiment. Le parfum des fleurs était intense et les paroles belles.
La fille au Polaroïd en est encore toute remuée.
C'est une femme.

"Saxo" de Ariel Zeitoun, Gérard Lanvin (Sam Friedman)


Emmanuelle

Christine saisit son appareil photo. Il lui faut l'actrice à cet instant de l'histoire.
"Emmanuelle!".
"Il est bien ton imper" dit la comédienne sans poser vraiment.
"Acheté à Anvers!".
Et Emmanuelle s'éloigne, mystérieuse et insaisissable. 
Tout en allumant sa cigarette, elle répète avec malice "Joli..." comme un écho éternel.

"Le temps de l'aventure" de Jérôme Bonnell, Emmanuelle Devos (Alix)


Hélène

Les costumes d'époque sont lourds. L'air est chaud.
"Où est Madame de Noailles?"
Faut-il qu'elle bondisse de son siège et poursuive la comédienne dans les jardins de Versailles?
Elle court donc après Hélène Vincent, un an après "C'est lundi, c'est ravioli!" du film "La vie est un long fleuve tranquille" d'Etienne Chatiliez.
"Juste une photo Hélène!".
Hélène s'immobilise "Je reste là, Non? C'est bien, je descends pas l'escalier?".
"Non, non, c'est super!" dit-elle essoufflée.

"Marie-Antoinette, reine d'un seul amour" de Caroline Huppert, Hélène Vincent (Mme de Noailles)


Yolande

Dix heures dans les jambes. La script supervisor rajuste son chignon qui s'écroule lamentablement. Elle se dit qu'elle aimerait bien trouver le temps d'aller aux toilettes, cherche du regard l'actrice. Est-elle déjà partie dans la loge costume?
"Elle est où Yolande?".
L'accessoiriste pointe son index.
Elle est là, sur le pas de la porte du décor, profitant d'un rayon de soleil. La tête baissée, comme dans ses idées, un peu cachée derrière la plante qui grimpe joliment au mur. La script supervisor ne se précipite pas, Yolande ne doit pas deviner sa présence. 
Si un électricien surgit derrière elle, il aura des câbles dans la main, voire un énorme projecteur, et puis il portera un tee-shirt "Je suis un électricien sexy" et tout sera gâché.
Mais non... Ce sera une belle photo. Cadeau des jours sombres.

"Séraphine" de Martin Provost, Yolande Moreau (Séraphine)


Anne

Le TER passe dans mon dos.
Il y a du bruit, un vent agaçant. J'ai mal à la gorge.
Je vois un badaud un peu louche regarder mon sac avec insistance. Je me souviens d'une maquilleuse dépouillée de sa mallette dans une gare parisienne.
Je récupère mon sac vite fait et prend mon appareil.
La comédienne est là entre deux plans, souriante devant une affiche publicitaire. Elle parle avec la réalisatrice. Elle a l'air d'avoir 20 ans, Anne. Elle est lumineuse. Je fais une photo en trompe-l'oeil, comme si tout se passait sur un balcon avec vue sur Paris.
Mais non, on est bien sur un quai.
Le TER passe dans mon dos.

"E-Love" de Anne Villacèque, Anne Consigny (Paule Zachmann)


Eric

"Christine! La revoilà avec son appareil! Arrête avec tes photos, encore des photos, toujours des photos, mais pourquoi des photos??? T'en a pas marre de faire des photos???"
Je ris. J'adore Eric. Sublime comédien, allergique aux oreillers remplis de plumes.
Il se trouve pas beau. Moi, je le trouve canon.
 
"J'attends quelqu'un" de Jérôme Bonnell, Eric Caravaca (Jean-Philippe)


Tuesday

Tuesday ... Does she only feel like living?
Elle semble si seule. Ailleurs.
Alors je la revois dans Le Kid de Cincinnati de Norman Jewison.
Avec sa beauté incroyable. 
A quoi pense Tuesday? Peut-être pense t-elle à Steve McQueen?
J'aime l'idée que nous pensons toutes les deux au King of Cool.
J'aime me faire des films.

"Something you have to live with" de John Berry, Tuesday Weld (Jessica)

Gérard
Jacket and hands are dirty. Don't forget it.
Remember that when he goes back in the nightclub.
The Polaroid girl walks to the actor. Popular, very professional, he poses for her.
"Thank you Gérard, it's done!". Gérard walks away to his dressing room.
It is written. Sequence is number 8. Jacket and hands are dirty.
Forever in the memory boxes.
She still remembers the huge bunch of flowers he offered her after shooting finished, saying she really deserves it. The scent of flowers was intense and nice were the words.
The Polaroid girl is still very moved.
She is a sensitive woman.

Emmanuelle
Christine grabs her camera. She needs the actress at that moment of the story.
"Emmanuelle!".
"I like your raincoat" says the actress.
"Bought in Antwerp."
And Emmanuelle walks away, mysterious and elusive.
While lighting up her cigarette, she repeats with a smile "Nice ..." as an eternal echo.

Hélène
The period costumes are heavy. The air is so hot.
"Where is Madame de Noailles?"
Should she jump out of her seat, and try to find the actress in the gardens of Versailles?
So she runs after Hélène Vincent, one year after "It's Monday, it's ravioli!" the Etienne Chatiliez's "Life is a Long Quiet River".
"I need to take a picture of you Hélène!".
Helen stops "I stand there, do I? Is it fine for you? Should I go down the stairs?"
"No, it's ok Hélène!" she says breathlessly.

Yolande
The script supervisor has been taking notes for more than ten hours now. Her hair held in a bun is collapsing miserably. She'd like to find time to go to the toilets, but looks around for the actress. Is she already gone in her dressing room?
"Where is Yolande?".
The props points his finger at her.
Here she is, on the doorstep of the set, enjoying sunshine. Head down, in her thoughts, a bit hidden behind the plant that climbs the wall nicely. The script supervisor does not hurry, Yolande should not guess her presence.
If an electrician comes up behind her, he will be holding cables, even a huge projector. He will be wearing a t-shirt "I am a sexy electrician", and everything will be ruined.
But no ... It'll be a beautiful picture. A gift in the middle of dark and gray days.

Anne
A train is running behind my back.
It's
noisy, the wind is irritating. I have a sore throat.
I see a bit dodgy bystander looking at my bag emphatically. I remember a friend stripped of its makeup briefcase in a Parisian train station.
I get my bag quickly and grabs my camera.
The actress is between two scenes, smiling in front of a advertising poster. She speaks with the director. She seems to be 20 years old, Anne. She is beautiful. I take a photo in trompe-l'oeil, as if everything was going on a balcony overlooking Paris.
But no, we are on a station platform.
A train is running behind my back.

Eric
Christine! Here she comes again with her camera! Stop with your pictures, will you? But why do you take so many photos?? Aren't you tired of taking pictures?? "
I laugh. I love Eric. Gorgeous actor, allergic to pillows filled with feathers.
He feels he is not handsome. Oh dear... I feel he really is.
 
Tuesday
Tuesday ... Does she only feel like living?
She seems so alone. So lost.
Then I remember her in Norman Jewison's The Cincinnati Kid.
With her incredible beauty.
What is Tuesday thinking about? Maybe she is remembering Steve McQueen?
I like the idea that both of us is thinking about the King of Cool.
I like to tell (sing?) stories to myself.

Tuesday Weld et Steve Mc Keen sur le tournage du "Cincinnati kid"

04/11/2013

Ingrid, fais semblant!

Chéreau disait "...je veux rentrer dans le regard de l'acteur ou de l'actrice...". Il excellait dans l'art de les diriger, mettant en scène les visages et les corps. Il parlait du plaisir à être proche d'eux, chuchoter à leurs oreilles, nourrir leur concentration.
Il aimait aussi, pour donner au travail de l'acteur une énergie insoupçonnée, que rien ne marche comme il avait prévu, que des choses imprévisibles arrivent.
En 1979, lors de la cérémonie de l'Américan Film Institute, au cour de laquelle Hitchcock reçut un prix pour l'ensemble de sa carrière, Ingrid Bergman rend hommage au cinéaste, et raconte une anecdote à propos de la direction d'acteur.
Sur le tournage de Spellbound (La maison du Docteur Edwards), et alors qu'elle éprouvait des difficultés à jouer, elle avait dit à Hitchcock:
- "Je ne le sens pas, je ne pense pas pouvoir te donner cette émotion".
Hitchcock s'était assis, avait tourné ses pouces quelques instants tout en réfléchissant et lui avait répondu:
- "Ingrid, fais semblant!" 
Cette manière que l'actrice avait eu de remettre en question les indications de jeu avait probablement titillé la patience et le sens de l'organisation de cet immense cinéaste qui avait horreur du chaos. Hitchcock avait résisté à tout désordre éventuel en faisant cette réponse sibylline. Il était sûr du but à atteindre, et peu lui importait le chemin qu'elle devait prendre pour y parvenir.
Ingrid Bergman avoue que ce fut le meilleur conseil qu'on lui ait jamais donnée parce que pendant les années qui ont suivi, beaucoup de réalisateurs lui firent des demandes difficiles. Et juste quand elle était sur le point de dire ce qu'elle en pensait, elle entendait la voix d'Hitchcock qui disait: "Ingrid, fais semblant!"

Hier avec Krzysztof Kieslowski et John Berry, aujourd'hui avec Jérôme Bonnell, je constate qu'en matière de direction d'acteurs, chaque metteur en scène choisit sa méthode. Tous ont su et savent, à leur manière, trouver les mots.
Sur un plateau, je vois toujours les comédiens écouter avec attention les indications de jeu, puis s'abstraire de l'agitation qu'impose la technique. Dans ces moments fugaces, j'attrape parfois des regards qui disent combien ils sont avec le personnage qu'ils interprètent.
Chéreau disait"...je veux rentrer dans le regard de l'acteur ou de l'actrice..." et il y est parvenu.
Pour ma part, je pourrais me noyer dans ces regards.

"La note bleue" de Andrzej Zulawski, Sophie Marceau (Solange Sand)
"La note bleue" de Andrzej Zulawski, Grazyna Dylong (Laure Czosnowska)
"La double vie de Véronique" de Krzysztof Kieslowski, Gilles Gaston-Dreyfus (Jean-Pierre)
"E-Love" de Anne Villacèque, Anne Consigny (Paule Zachmann)

"Séraphine" de Martin Provost, Yolande Moreau (Séraphine)

"Séraphine" de Martin Provost, Yolande Moreau (Séraphine)

"Séraphine" de Martin Provost, Yolande Moreau (Séraphine)
Isabelle Adjani et Patrice Chéreau, sur le tournage de La reine Margot

Alfred Hitchcock et Ingrid Bergman

16/03/2013

On n'aperçoit qu'un profil perdu

J'ai récemment éprouvé les limites de ma méthode de travail qui consiste à scanner puis à classer mes Polaroïds et photos de tournage par thème: acteurs en pieds, de dos, en gros plan... Ce travail préliminaire d'organisation me sert très souvent de point de départ pour écrire. Sur le bureau de mon ordinateur, j'ai longtemps buté sur un dossier nommé, à tort ou à raison, "Comédiens face-profil". Quel message allait-il bien pouvoir illustrer?
J'ai lancé ma recherche de photos anthropométriques sur internet, face et profil donc, et je suis tombée sur beaucoup de clichés authentiques d'acteurs américains connus. En voici quelques uns:
Steve Mac Queen
Jane Fonda
Frank Sinatra

Denis Hooper
David Bowie
J.Hendrix

Tous ces acteurs ont eu à faire avec la justice de leur pays à cause d'un excès de vitesse, d'une conduite en état d'ivresse, d'une manifestation sur la voie publique, ou parce qu'ils étaient en possession de stupéfiants.
Aux États-unis, tout le monde peut voir de tels clichés.
La législation française en ce domaine est mieux faite. C'est heureux parce qu'en regardant ces photos, j'ai l'impression d'être voyeur, d'entrer dans des vies privées par effraction.
Je suis d'autant plus troublée, que j'ai vu ces acteurs dans des films que j'ai aimé. 
Je sais que c'est là et seulement là, que je veux les voir... 
De face...

Steve McQueen et Robert Vaughn dans Bullitt de Peter Yates
Et de profil...
Steve McQueen dans Bullitt de Peter Yates

Parce que franchement, y'a pas photo.
Et même si un sourire sur les photos anthropométriques, voire une certaine défiance dans le regard et les gestes de certains de ces acteurs, prouvent qu'ils sont atteints à des degrés divers, un cauchemar récurrent s'est mis à hanter mes nuits: 

Je suis employée au service de police technique et je travaille à l'identité judiciaire. Je "fiche" les comédiens. Surprise de me retrouver là, je renâcle beaucoup à faire un signalement descriptif d'un acteur, mais je n'ai pas le choix, j'obéis aux ordres de mes supérieurs. Taille, couleur des yeux, cheveux, timbre de voix, accent, particularités du visage, barbe, moustache, lunettes, marques particulières, tout y passe. Je demande aux acteurs de prendre place devant un fond neutre, en les priant de m'excuser parce que je vois bien qu'il ne comprennent rien à ce qui leur arrive. Je leur mets une pancarte entre les mains où apparaissent leurs nom et prénom, et je fais les photos anthropométriques face et profil. Certains comédiens sourient, mais la mort dans l'âme, je les prie de ne pas le faire. Mon visage n'exprime rien de mes sentiments, mais je suis à bout de nerfs au moment du prélèvement de salive qui va permettre de relever l'ADN des acteurs désormais très inquiets. Je me réveille en sursaut, juste après la prise d'empreinte des dix doigts de leurs mains...

Je n'ai pas un esprit spécialement torturé, mais ce cauchemar est bien la preuve que ces photos ne m'ont pas laissée indifférente.
C'est l'anthropologue et criminologue Alphonse Bertillon, qui a conçu cette méthode d'identification photographique. Je respecte le travail de ce monsieur, mais j'aurais préféré qu'un autre Berthillon, prénommé Raymond, maître glacier de son état, emplisse mes nuits de rêves autrement plus délicieux. Surtout quand je lis sur le site de cette maison réputée, qu'elle a "l'ambition du chef d'oeuvre et de la créativité".  
Et puis quoi de mieux que de rêver de sorbets exquis, et de me réveiller en léchant les dix doigts de mes mains? 

Entre Alphonse et Raymond, mon coeur ne balance pas. 
L'administratif me barbe. J'aime ce qui est créatif.
Forte de ces certitudes, je ne suis pourtant pas très avancée avec mon satané dossier "face-profil".
C'est alors que je revois le film de Florian Henckel von Donnersmarck, "La vie de autres". 
Le film se déroule au début des années 1980, en Allemagne de l'Est. L'auteur à succès Georg Dreyman et sa compagne, l'actrice Christa-Maria Sieland, font partie de l'élite intellectuelle même si, en secret, ils n'adhèrent pas aux idées du parti. Le Ministère de la Culture s'intéresse à Christa et dépêche l'agent secret Hauptmann Gerd Wiesler pour surveiller le couple. La vie de Wiesler est vouée à l'espionnage, à la solitude, au vide intellectuel et affectif. Tandis qu'il progresse dans l'enquête menée jour et nuit, il est de plus en plus bouleversé par l'univers créatif dans lequel baignent Georg et Christa, par les idées qu'ils expriment, par l'amour qu'ils éprouvent l'un pour l'autre. Il se met à les protéger, et s'affranchit ainsi d'un régime, qui l'a obligé pendant tant d'années à espionner et à remplir des fiches de renseignements...

Il y a un plan dans le film où l'on voit un fichier de photos... 
Le même genre de fichier que je remplis contre mon gré lors de mes cauchemars.


J'ai su dès lors ce qui pourrait manquer dans ma méthode de travail, si je n'y prenais pas garde, si je m'enfermais en pensant déjà avoir tous les éléments dont j'ai besoin pour écrire. Pour accéder à ce que je cherche depuis plusieurs semaines, pour trouver une idée, il faut aller voir ailleurs, attraper ce qui passe, s'enrichir, être libre, n'accepter aucune censure, aucune contrainte. 
Ce qui me manquait pour écrire, c'était l'idée même que je devais chercher le contrepoint de ce "face-profil" qui m'asphyxiait peu à peu.
 
Un sentiment d'indignation, un cauchemar, un désir gourmand, un film. Tout m'a guidée.

Si je me suis brièvement égarée autour de l'expression "Avoir le bon profil", c'est dans le domaine de la sculpture et de la peinture que j'ai finalement trouvé. 
Le profil perdu...
Je n'avais pas pensé à cette expression poétique.
Le profil perdu est une représentation d'une personne de dos, avec le visage légèrement tourné sur le côté, aux trois-quarts caché par l'arrière de la tête, son profil étant ainsi "perdu". 

Je peux à présent illustrer mon message avec mes photos, puisque grâce à toutes ces péripéties, j'ai découvert quelques profils perdus dans mes documents. 
Non, je n'avais pas de dossier "Comédiens avec profil perdu", et c'était vraiment dommage.
Toutes ces photos expriment, je crois, le mystère, la curiosité, le désir, la poésie, la rêverie, le plaisir, la créativité...
Il y a aussi l'idée que ce sont des profils perdus d'acteurs libres.
Tout ce que j'aime.

"Séraphine" Yolande Moreau (Séraphine Louis)


"Séraphine" Yolande Moreau (Séraphine Louis)

"Séraphine" Yolande Moreau (Séraphine Louis)

"Séraphine" Ulrich Tukur (Wilhelm Uhde)


"Le temps de l'aventure" de Jérôme Bonnell, Emmanuelle Devos (Alix)
Emmanuelle Devos sur le tournage du film "Le temps de l'aventure" de Jérôme Bonnell

08/12/2012

Porte vers le noir / Door into the dark

Both french and english versions.


Je n'aurais jamais envie d'écrire, si j'attendais les yeux en l'air comme le chanteur Jacques Higelin, de voir les idées tomber du ciel. Il faut chercher longtemps, et travailler dur pour qu'un texte ait une toute petite chance de retenir l'attention. Parfois, certaines de mes idées tiennent tête à mes doutes, alors que d'autres se diluent avant même d'avoir trouvé une forme possible. J'ai peur parce que la panne d'inspiration est toujours là. Elle guette. Dans ma voie lactée personnelle, elle est le trou noir que je redoute. 
Bien qu'écrire soit difficile, je ne suis jamais tentée de choisir la facilité en mettant des photos en ligne sans y joindre mes mots. Je ne peux imaginer présenter des photos sans vous dire ce qu'elles sont pour moi, pourquoi je vous les montre, et quels souvenirs s'y attachent. Pas de mots, pas d'images. Je pense que lorsqu'on montre certains aspects de son travail, il y a le risque de ne pas intéresser, de ne pas plaire, de laisser indifférent. C'est un risque que je prends sur ce blog sans hésitation.
C'est le cas aujourd'hui encore. Il y a une série de photos dont j'ai très envie de parler, mais je ne sais pas comment m'y prendre. Je sèche, l'idée ne vient pas. J'ai le désir que vous compreniez ce que j'éprouve profondément devant ces clichés, c'est la seule chose dont je sois certaine. 
Sur ces photos, Séraphine (Yolande Moreau) est en train de peindre, et à l'origine, les clichés, réalisés à toute allure, et sans aucun soin particulier, étaient particulièrement sombres, pour ne pas dire noirs. Il fallait faire un effort pour distinguer les choses. Ils ont été travaillés pour les sortir de leur obscurité, pour les sortir de leur trou... noir. Je précise ici, qu'en langage courant le noir est différemment interprété: En photographie, il est une non-couleur, parce qu'il y a une juxtaposition de toutes les couleurs dans le noir, alors qu'en peinture, le noir contrastant au blanc peut donner l'impression de lumière. Il est une couleur. 
Sur ces photos, cette non-couleur - dont je suis tenue de parler, tout en étant touchée comme s'il s'agissait ici de véritables peintures - cette non-couleur donc, renforce à mes yeux, l'histoire que ces photos racontent. Si je tente de m'expliquer, je trouve que le noir de ces photos constitue véritablement leur force. Il est moteur dans la sensation que j'éprouve lorsque je les regarde. Autrement dit, si ces photos n'étaient pas noires, elles ne me feraient pas le même effet, et leur signification ne me sauterait pas aux yeux de la même manière. J'ajoute enfin, que la simple clarté du jour n'aurait pu narrer cet instant sans risquer de le banaliser, ou au pire le trahir, le vider de son sens. Ces photos réunissent beaucoup de choses auxquelles je suis sensible: L'expression qui est en marche, la forme d'un corps qui s'oublie dans sa tâche, l'idée que celui qui cherche trouve pour de bon. Il y a cela, mais surtout, je peux imaginer qu'il y a bien plus encore. 
Finalement, je trouve que le noir transporte l'imagination, et au cinéma il n'est pas triste, il est même très intéressant allié au blanc. Le noir "c'est le lieu où viennent se faire et se défaire tous les sens" (Propos du peintre Soulages dans une interview).
J'ai peur du noir, mais pour une fois, il me va bien.

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Door into the dark

I would never want to write if I waited for ideas to fall in my lap. I must seek long time and work hard to get one shot to capture the public's imagination. I am always afraid to be in the midst of a creative crisis following some interesting posts. And today, in the... light of my previous posts, it is not the... light, therefore, that I am afraid of, but the darkness. Some of my friends go their way without ever knowing the slightest lack of inspiration. I am not one of those. I have to be careful of the breakdown.
Although it is difficult to write, I am not tempted to publish photos without having any words about them. No words, no pictures. 
It's my problem today. There are photos I want to talk about, but I do not know how to do. I just know that I want to avoid going to make no bones about them so that you can understand what I feel.
Séraphine (Yolande Moreau) is painting, and originally I had greater difficulties making out objects in those pics. All was in darkness, I could see nothing. I have worked as much as I could with Photoshop to facilitate their visibility, to bring them out of the shadow, to put them into light. 
If I therefore want to make it... clear to you, I find that the black of these photos is truly their strength. In other words, if these photos were not black, they would not make me feel this way, and their meaning would not have been so obvious. This non-color reinforces the story, and is the driving force of the feeling I experience watching them. These pictures gather a lot of things I am aware of: Seraphine is speaking from the bottom of her heart and her soul. I like the idea too that the one who is seeking will find what he is looking for, but above all, I can imagine there is much more in those pics. 
Finally, what's stonger than imagination?
I'm afraid of the dark, but for once, I think that suits me well.