English version down below
Gérard
Ne pas oublier la veste et les mains salies.
Se souvenir de ça. De la veste et des mains salies au moment où il rentrera dans la boîte de nuit.
La fille au Polaroïd s'approche de l'acteur. Sympathique, populaire, très pro, il prend la pose.
"Merci Gérard, c'est fait!". Gérard s'éloigne vers sa loge.
C'est écrit. La séquence, c'est la 8. La veste et les mains sont salies.
Pour toujours dans les boîtes à mémoire.
Elle
se souvient encore de l'énorme bouquet de fleurs qu'il lui offrira à la
fin du tournage, en lui disant qu'elle le mérite vraiment. Le parfum
des fleurs était intense et les paroles belles.
La fille au Polaroïd en est encore toute remuée.
C'est une femme.
 |
| "Saxo" de Ariel Zeitoun, Gérard Lanvin (Sam Friedman) |
Emmanuelle
Christine saisit son appareil photo. Il lui faut l'actrice à cet instant de l'histoire.
"Emmanuelle!".
"Il est bien ton imper" dit la comédienne sans poser vraiment.
"Acheté à Anvers!".
Et Emmanuelle s'éloigne, mystérieuse et insaisissable.
Tout en allumant sa cigarette, elle répète avec malice "Joli..." comme un écho éternel.
 |
| "Le temps de l'aventure" de Jérôme Bonnell, Emmanuelle Devos (Alix) |
Hélène
Les costumes d'époque sont lourds. L'air est chaud.
"Où est Madame de Noailles?"
Faut-il qu'elle bondisse de son siège et poursuive la comédienne dans les jardins de Versailles?
Elle
court donc après Hélène Vincent, un an après "C'est lundi, c'est
ravioli!" du film "La vie est un long fleuve tranquille" d'Etienne
Chatiliez.
"Juste une photo Hélène!".
Hélène s'immobilise "Je reste là, Non? C'est bien, je descends pas l'escalier?".
"Non, non, c'est super!" dit-elle essoufflée.
 |
| "Marie-Antoinette, reine d'un seul amour" de Caroline Huppert, Hélène Vincent (Mme de Noailles) |
Yolande
Dix heures dans les
jambes. La script supervisor rajuste son chignon qui s'écroule
lamentablement. Elle se dit qu'elle aimerait bien trouver le temps
d'aller aux toilettes, cherche du regard l'actrice. Est-elle déjà partie
dans la loge costume?
"Elle est où Yolande?".
L'accessoiriste pointe son index.
Elle
est là, sur le pas de la porte du décor, profitant d'un rayon de
soleil. La tête baissée, comme dans ses idées, un peu cachée derrière la
plante qui grimpe joliment au mur. La script supervisor ne se précipite
pas, Yolande ne doit pas deviner sa présence.
Si
un électricien surgit derrière elle, il aura des câbles dans la main,
voire un énorme projecteur, et puis il portera un tee-shirt "Je suis un
électricien sexy" et tout sera gâché.
Mais non... Ce sera une belle photo. Cadeau des jours sombres.
 |
| "Séraphine" de Martin Provost, Yolande Moreau (Séraphine) |
Anne
Le TER passe dans mon dos.
Il y a du bruit, un vent agaçant. J'ai mal à la gorge.
Je
vois un badaud un peu louche regarder mon sac avec insistance. Je me souviens d'une maquilleuse dépouillée de sa mallette dans
une gare parisienne.
Je récupère mon sac vite fait et prend mon appareil.
La
comédienne est là entre deux plans, souriante devant une affiche
publicitaire. Elle parle avec la réalisatrice. Elle a l'air d'avoir 20
ans, Anne. Elle est lumineuse. Je fais une photo en trompe-l'oeil, comme
si tout se passait sur un balcon avec vue sur Paris.
Mais non, on est bien sur un quai.
Le TER passe dans mon dos.
 |
| "E-Love" de Anne Villacèque, Anne Consigny (Paule Zachmann) |
Eric
"Christine! La revoilà
avec son appareil! Arrête avec tes photos, encore des photos, toujours
des photos, mais pourquoi des photos??? T'en a pas marre de faire des
photos???"
Je ris. J'adore Eric. Sublime comédien, allergique aux oreillers remplis de plumes.
Il se trouve pas beau. Moi, je le trouve canon.
 |
| "J'attends quelqu'un" de Jérôme Bonnell, Eric Caravaca (Jean-Philippe) |
Tuesday
Tuesday ... Does she only feel like living?
Elle semble si seule. Ailleurs.
Alors je la revois dans Le Kid de Cincinnati de Norman Jewison.
Avec sa beauté incroyable.
A quoi pense Tuesday? Peut-être pense t-elle à Steve McQueen?
J'aime l'idée que nous pensons toutes les deux au King of Cool.
J'aime me faire des films.
 |
| "Something you have to live with" de John Berry, Tuesday Weld (Jessica) |
Gérard
Jacket
and hands are dirty. Don't forget it.
Remember that when he goes
back in the nightclub.
The Polaroid girl walks to the actor.
Popular, very professional, he poses for her.
"Thank you
Gérard, it's done!". Gérard walks away to his dressing
room.
It is written. Sequence is number 8. Jacket and hands are
dirty.
Forever
in the memory boxes.
She still remembers the huge bunch of flowers
he offered her after shooting finished, saying she really deserves
it. The scent of flowers was intense and nice were the words.
The
Polaroid girl is still very moved.
She is a sensitive woman.
Emmanuelle
Christine
grabs her camera. She needs the actress at that moment of the story.
"Emmanuelle!".
"I like your raincoat"
says the actress.
"Bought in Antwerp."
And
Emmanuelle walks away, mysterious and elusive.
While lighting up
her cigarette, she repeats with a smile "Nice ..." as an
eternal echo.
Hélène
The period costumes are heavy. The air is so hot.
"Where
is Madame de Noailles?"
Should she jump out of her seat, and
try to find the actress in the gardens of Versailles?
So she runs after
Hélène Vincent, one year after "It's Monday, it's ravioli!"
the Etienne Chatiliez's "Life is a Long Quiet River".
"I
need to take a picture of you Hélène!".
Helen stops "I
stand there, do I? Is it fine for you? Should I go down the
stairs?"
"No, it's ok Hélène!" she says
breathlessly.
Yolande
The script supervisor has been taking notes for more than ten
hours now. Her hair held in a bun is collapsing miserably. She'd like
to find time to go to the toilets, but looks around for the actress.
Is she already gone in her dressing room?
"Where is
Yolande?".
The props points his finger at her.
Here she
is, on the doorstep of the set, enjoying sunshine. Head down, in her
thoughts, a bit hidden behind the plant that climbs the wall nicely.
The script supervisor does not hurry, Yolande should not guess her
presence.
If an electrician comes up behind her, he will be holding
cables, even a huge projector. He will be wearing a t-shirt "I
am a sexy electrician", and everything will be ruined.
But
no ... It'll be a beautiful picture. A gift in the middle of dark and
gray days.
Anne
A
train is running behind my back.
It's noisy,
the wind is irritating. I have a sore throat.
I see a bit dodgy
bystander looking at my bag emphatically. I remember a friend
stripped of its makeup briefcase in a Parisian train station.
I
get my bag quickly and grabs my camera.
The actress is between two
scenes, smiling in front of a advertising poster. She speaks with the
director. She seems to be 20 years old, Anne. She is beautiful. I
take a photo in trompe-l'oeil, as if everything was going on a
balcony overlooking Paris.
But no, we are on a station platform.
A
train is running behind my back.
Eric
Christine! Here
she comes again with her camera! Stop with your pictures, will you? But why do
you take so many photos?? Aren't you tired of taking pictures?? "
I
laugh. I love Eric. Gorgeous actor, allergic to pillows filled with
feathers.
He feels he is not handsome. Oh dear... I feel he really is.
Tuesday
Tuesday ... Does she only feel like living?
She seems so
alone. So lost.
Then I remember her in Norman Jewison's The
Cincinnati Kid.
With her incredible beauty.
What is Tuesday
thinking about? Maybe she is remembering Steve McQueen?
I like
the idea that both of us is thinking about the King of Cool.
I like to tell
(sing?) stories to myself.
 |
| Tuesday Weld et Steve Mc Keen sur le tournage du "Cincinnati kid" |